Journée Nationale du Souvenir des victimes et des Héros de la déportation

Commémoration de la Journée de la Déportation, le dimanche 28 avril 2019.

Discours de Laurent Richard, Maire de Monts

" Vous vous trouvez ici sur la prairie de la lande, où chaque jour des Montois se promènent, où les enfants jouent au ballon, où il fait bon «pétanquer» autour d’un verre de l’amitié.
Nous sommes sur un lieu où les mots échanges, bon vivre, partage, et amitié, trouvent tout leur sens.
Pour qui n’est pas Montois, ou n’est pas au fait de l’histoire de Monts, il est difficile d’imaginer que ce lieu paisible ait pu être le théâtre d’un drame humain immense qui symbolise l’atrocité et l’ignominie du régime nazi.
Nous sommes en décembre 1940 et cet endroit qui abritait à l’origine des travailleurs de la poudrerie du Ripault, entame sa tragique transformation.
A l’hiver 40, deux convois de juifs d’origine polonaise arrivent à Monts via Bordeaux, et s’installent dans ce lieu qui n’est encore qu’un lieu de  vie avec restrictions, mais qui trouvera sa dénomination de camp de déportation dès juillet 1942.
Entre juillet 1942 et janvier 1944, des centaines de juifs furent déportés pour ne jamais revenir.
Imaginez, une petite fille que nous nommerons Anna.  Elle menait une vie heureuse dans l’est de la France avec ses parents qui travaillaient et possédaient peut-être une maison où ils recevaient amis et famille. Le bonheur d’une vie simple brisée, fracassée, subitement par le simple fait d’être juif.
On frappe un matin à leur porte. On leur laisse juste le temps de prendre quelques affaires, et on les transfère sur Bordeaux. Puis Monts, sans qu’à aucun moment on leur explique les motifs de cette disgrâce.
Ils ne comprennent pas, et vivent ou survivent dans ce camp de la Lande jusqu’au jour où on vient chercher le père d’Anna qui après des adieux furtifs disparait à tout jamais de sa vue, et, mais elle ne le sait pas encore, de son existence.
Puis un jour, Anna et sa mère sont à leur tour transférée de ce camp vers un autre camp pour un aller sans retour.
Mesdames et Messieurs, si j’ai souhaité humaniser ces destins anonymes, c’est pour que nous ressentions tous la douleur immense qu’Anna a pu éprouver en étant d’abord déracinée, ballotée de camp en camp, puis traitée comme une criminelle  par le simple fait d’être juive.
Alors, si nous regardons avec attention ce camp de la Lande, imaginons ensemble ces baraquements où des enfants jouaient avec innocence, où leurs parents leur apportaient tout leur amour, et où la vie s’accrochait à un espoir de liberté qui arriva trop tard le 8 mai 1945.
Si en nous attardant sur cette vaste étendue de cette prairie de la Lande, nous pouvons ensemble leur faire la promesse de combattre la folie des hommes pour bannir à jamais l’idée même qu’un homme, ou qu’une race se pensent supérieur en droit en vertu d’une couleur de peau ou d’une religion nous… redonnerons à leur sacrifice un vrai sens.
En 2019, les leçons douloureuses de l’Histoire ne sont toujours pas comprises. Les actes antisémites augmentent, les attaques de lieux de cultes se multiplient, et les actes racistes perdurent.
Seule la transmission de la mémoire à travers les générations sera le garant et le rempart face à l’oubli. Pardonner est une responsabilité individuelle, mais ne pas oublier est un devoir collectif.
En ce 28 avril 2019, n’oublions pas ces enfants, ces femmes et  ces hommes, morts simplement parce que nés juifs.
Si nous tenons cet engagement de ne rien oublier, jamais, Anna, sa famille, et tous ces anonymes, que je vois en cet instant, pourront trouver la paix.

Je vous remercie."

Laurent Richard,
Maire de Monts